Les messagères

Il y a 35 ans les distributeurs du journal de quartier du CAR distribuaient celui-ci dans des boîtes aux lettres toutes originales. Les « PTT » de l’époque n’avaient pas encore proposé leur standardisation. Ce poème, de Michel Le Borgne, publié dans le numéro 17 de ROBIEN INFO, le journal du CAR, en novembre 1990, était dédié à ces boîtes aux lettres du quartier. Les photos de ces anciennes boîtes aux lettres coexistent, dans chaque maison, avec leur homologue standardisée désormais en service. Aujourd'hui, le projet "Robien les murs", continue, dans l'esprit de la non standardisation, en proposant aux habitant.e.s de confier leurs boites aux lettres à des artistes de street-art pour les embellir

Les messagères

Oh diversité ! toutes différentes. 
Mais toutes si attachantes !

De ta hauteur tu me nargues, 
Pourquoi je te regarde ? 
Et toi où tu te caches ? 
Il faut que je le sache !

Mais pourquoi me tourner le dos,
Et n’être pas comme il le faut ?
Et ta voisine qui s’écroule 
me donnant la chair de poule…

Oh là pourquoi rouge as-tu l’air 
Sous le poids de l’oxyde de fer ? 
Par la fente de son bois de tilleul, 
L’autre en face me fait des clins d’œil.

La suivante ouvre une grande bouche 
Mais je préfère sa voisine, j’ai la touche ! 
Sa petite gueule horizontale, 
Est plus avenante que l’autre verticale.

Et distraite, celle-ci me pince le doigt.
Alors je crie et, la suivante de bois 
Reste indifférente à mon sort. 
En contre bas une petite m’implore.
et par ma main, soulevée, lâche sa plainte. 
La pauvre gémirait-elle sous la crainte ?

Sans pudeur la suivante s’éclate. 
De honte j’en deviens écarlate. 
Alors qu’un cerbère déchaîné 
Me fait bien vite accélérer.

Il me faut monter des marches, 
Tout cela au pas de charge.

Celle-là joue la pimbêche : 
Pour la joindre, par un long détour, 
Il me faut avoir la pêche.

Sur son mur, une belle de jour 
Brille de tous ses atours. 
Pourtant je ne peux rester, 
Il me faut continuer.

Toi sur ta porte, abandonnée, plus que pleine, 
Tes propriétaires ont-ils donc quitté la scène ? 
Pour toi, pauvre orpheline 
Qu’avec mon bulletin du CAR je caline,

Dans trois mois je reviendrai. 
Et le circuit je le referai.

BOITES AUX LETTRES je vous suis fidèle.

Un des facteurs du CAR.